mardi 4 juin 2013

L'étoile jaune sur col.fr

L'anniversaire de l'étoile jaune relayé par col.fr, le site des communautés juives de France.
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vendredi 15 mars 2013

Pourquoi le Consistoire n'a pas réagi contre l'étoile jaune

Jacques Helbronner 1873-1943 (dr)

Lorsque la 8e ordonnance allemande du 29 mai 1942 instaure l'étoile jaune en zone occupée, on peut s'attendre à la réaction du Consistoire central. Cette étape ignoble de la répression antisémite succédait aux statuts des Juifs d'octobre 1940 et de juin 1941, aux recensements, aux rafles, aux décisions allemandes d'élimination des Juifs de la vie économique, et au premier convoi de déportés pour Auschwitz du 27 mars 1942.

Or, le Consistoire central ne protesta pas. Un silence d'autant plus lourd qu'il tranche avec la multitude de réactions émises depuis 1940.

Soixante et onze ans après, une tentative d'explication s'impose en rappelant le contexte.

Aucun document vraiment explicite ne ressort des archives, dans l'état actuel des recherches historiques. Comment interpréter ce silence qui peut paraître surprenant de la part de l'instance communautaire chargée de représenter les Juifs de France ?
A maintes reprises, contre les législations discriminatoires de Vichy, le Consistoire central avait solennellement réagi, multipliant actions et contacts au plus haut niveau de l'Etat et du gouvernement. Les réponses de Pétain " furent polies mais insignifiantes " notent Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton, dans " Vichy et les Juifs " (Biblio Le Livre de Poche, 2004, p. 126)
Replié à Lyon après l'invasion allemande de juin 1940, le Consistoire continua d'exercer son rôle devant les pouvoirs publics. Un rôle renforcé, à partir de mars 1941, par la présidence de Jacques Helbronner, qui succédait à Robert de Rotschild, réfugié à New-York.
Jacques Helbronner, avocat, fils d'avocat, né en 1873, entré au consistoire de Paris en 1906, a été membre de l'état-major de Paul Painlevé, ministre de la Guerre. 
Conseiller d'Etat mis à la retraite, proche des milieux d'affaires et du monde politique, "ami" de Pétain, il est un authentique "Juif d'Etat", un " Fou de la République ", pour reprendre les qualificatifs utilisées par Pierre Birnbaum. (1)
Sacrifice et résignation
Contre l'avalanche des mesures antisémites, le Consistoire réagira par devoir mais à la lecture des protestations, on sent Jacques Helbronner et ses amis, dépassés par les événements. Leur stratégie, liée au sacrifice et à la résignation, seront un échec. Leurs voix seront de moins en moins entendues face à la lâcheté de Vichy et à la puissance des nazis. Au fil des mois, on mesure son impuissance et son isolement face à l'acharnement. Rétrospectivement, il paraît facile d'émettre ce jugement mais indéniablement, le piège s'est refermé sans que l'institution ait pu influer de quelque sorte contre la politique de collaboration et la " Solution finale ", comme l'a montré la suite tragique des événements.
Chronologiquement, voici les principales réactions du Consistoire :

Isaïe Schwartz (photo Klein)
22 octobre 1940 : contre le premier statut des Juifs d'octobre 1940, le grand rabbin Isaïe Schwartz proteste auprès du chef de l'Etat, estimant qu'il s'agit de " l'atteinte la plus grave à la liberté de conscience ". (Alliance Israélite Universelle, CC-32, et CDJC-CCXIII-4_001)
Pétain répond le 12 novembre 1940 en faisant appel au "sacrifice" : " vous m'avez fait part de l'émotion qu'éprouve la communauté israélite de Paris à la suite de la loi portant statut des Juifs. L'obéissance à la loi est un des principes essentiels de tout Etat et une des conditions indispensables au redressement de la France que je poursuis, vous le savez, de toutes mes forces, en faisant appel au dévouement et, si besoin est, à l'esprit de sacrifice de tous mes concitoyens dans quelques situations qu'ils se trouvent placés. Je suis heureux de constater que vous êtes animés de ces mêmes sentiments et je vous remercie de les avoir exprimés ... » (CDJC-CCXIX, 114). 
Des propos en vérité très hypocrites, Pétain ayant rayé de sa main les " Juifs nés français ou naturalisés avant 1860 " du projet de statut, comme le montre le document authentifié en 2010, déposé au Mémorial de la Shoah.
Le grand rabbin Schwartz rencontrera Pétain le 15 mars 1941. Dans un courrier du 30 mai, il reprend cette notion de "sacrifice" et demande que les mesures en préparation soient effectivement présentées comme " un sacrifice et une rançon exigée par les pressions extérieures ". (CDJC-XXXI-48)
Toujours bienveillant envers Pétain, Jacques Helbronner, encore vice-président, prône la résignation. Il demande au Consistoire réuni le 2 décembre 1940 " d'accepter en silence les mesures qui nous frappent, sans rien faire qui puisse gêner l'oeuvre de redressement patriotique entreprise par le chef de l'Etat, en présence d'une défaite sans précédent dans l'histoire de la France ". (AIU, CC 15)

A l'approche du second statut des Juifs (2 juin 1941), Jacques Helbronner réclame à Xavier Vallat, Commissaire général aux Questions juives, des "aménagements"en faveur des anciens combattants. Lors de leur rencontre du 7 avril, Vallat se veut confiant, prétendant pouvoir sauver les quatre cinquièmes des familles juives françaises. 
Helbronner estime alors l'entretien " charmant et cordial, collaboration confiante, promesses favorables " (cité par Simon Schwarzfuchs, " Aux prises avec Vichy ", Calmann-Lévy, 1998. p. 102). Mais, le 30 mai, Vallat informe Helbronner que les autorités allemandes ont refusé d'intégrer dans le nouveau statut les critères des trois générations et les exemptions pour les anciens combattants...
Au fur et à mesure que les mesures anti-juives s'accumulent, le Consistoire va durcir sa position :  

26 avril 1941 : une ordonnance allemande évince les Juifs de zone occupée de la vie économique. 
14 mai 1941 : première arrestation massive de Juifs étrangers de zone occupée (3700 personnes, essentiellement des Polonais, transportées dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande).  
19 mai 1941 : attentat contre la synagogue de Marseille.
15 juin 1941 : deux semaines après le second statut, Jacques Helbronner estime que sa dignité et celle du judaïsme français tout entier lui imposent de “mettre fin aux relations qu'il entretenait avec les pouvoirs publics". Un changement d'attitude s'amorce, mais la confiance est encore là.
30 juin 1941 : Helbronner remet personnellement au maréchal un texte signé du grand rabbin et des 43 membres du Consistoire central protestant contre le nouveau statut. Les signataires se déclarent encore " convaincus que les mesures d'exception collectives prises à l'égard des Français israélites ne peuvent pas avoir emporté l'adhésion, même tacite, du gouvernement français ". (CDJC-LXXII-2)
1er juillet 1941 : Helbronner écrit de nouveau à Pétain pour dénoncer cette loi qui " ne vise pas les israélites en tant que Français ou étrangers, mais, à l'imitation servile de l'autorité occupante, ne connaît ou ne reconnaît plus qu'un troupeau juif où la nationalité, même française, n'est plus qu'un accessoire sans valeur ni portée ". (CDJC-CCXIX-110_002 et CDJC-LXXII-2)
7 septembre 1941 : Helbronner donne lecture au Consistoire de sa réponse à Xavier Vallat qui, sur ordre du maréchal, l'avait invité à présenter une demande de dérogation au statut des Juifs. Sa lettre de refus est applaudie par ses collègues, mais il reconnait que la politique d'entente avec les pouvoirs publics qu'il avait préconisée a totalement échoué. 

Opposition à l'UGIF 
Jacques Helbronner repart à l'offensive à l'occasion de la création de l'UGIF (Union générale des Israélites de France). Il rédige un contre-projet de loi, présenté le 19 octobre 1941, à l'assemblée du Consistoire où, faisant le bilan de ses actions, il dit vouloir " sauvegarder l'honneur du judaïsme français " et il estime qu'en raison de la loi de Séparation de 1905, la loi " risque d'ouvrir en France une ère de persécution religieuse". (CDJC-CCXIII-6_002)
Consistoire-UGIF : la question de la légitimité est posée et Michel Laffitte (dans “ Juif dans la France Allemande “ - Tallandier, 2006, p. 48) rappelle les relations conflictuelles et le fossé intellectuel entre Jacques Helbronner et Raymond-Raoul Lambert, le président de l'UGIF. Un point de vue partagé par Sylvie Bernay (dans L'Eglise de France face aux persécutions des Juifs - CNRS Editions, 2012, p.263) notant que le Consistoire central redoute " de perdre son rôle de représentation auprès du gouvernement ".
29 novembre 1941 : la loi instaurant l'UGIF sera effectivement un rude coup pour le Consistoire qui voit sa représentation confessionnelle remplacée par une représentation raciale. Il perd aussi le contrôle des oeuvres de bienfaisance, dissoutes (lettre du 13 novembre de Lavagne, chef du cabinet civil de Pétain indiquant qu'il transmet au CGQJ les inquiétudes d'Helbronner concernant le projet de dissolution des associations de bienfaisance CDJC-CCXIII-7_001. Lettre du 24 novembre 1941 où Lavagne indique que le CGQJ n'a pas voulu envoyer l'étude du projet de création de l'UGIF au Conseil d'Etat, mais il assure Helbronner de continuer les démarches pour " faire revoir le projet et l'amender " CDJC-CCXIII-9_001)

Le Conseil de l'Association des rabbins de France rejette la loi estimant la séparation, entre les associations cultuelles et l'Union générale "opposée aux principes et aux traditions du judaïsme" (...) " Si elle doit être respectée comme loi d'Etat, elle ne peut être acceptée librement par les Israélites ". (CDJC-CDXX-12, séance du 7 décembre 1941)
Consistoire et UGIF se retrouvent en concurrence directe et l'institution réagit. 
7 décembre 1941 : le Consistoire stipule qu'il " est impossible aux membres des comités des oeuvres d'accepter les fonctions de membres du CA de l'Union " (CDJC-CCXIII-10). 
Lors de son procès, fin 1947, Xavier Vallat rappellera la motion du 18 janvier 1942 où la délégation permanente du Consistoire blâmait ses membres qui avaient accepté d'entrer dans le conseil de l'UGIF (CDJC-LXXIV-7, p.12)
8 décembre 1941 : dans un courrier à Pétain, Jacques Helbronner demande "d'arrêter cette campagne de haine " contre les Juifs. 
" Le régime cruel et inique que les autorités occupantes nous ont imposé depuis plus d'un an frappe de plus en plus injustement tant de Français de religion israélite que vous m'excuserez si je viens aujourd'hui adresser au chef de l'Etat, au père de la patrie, et à lui seul, un appel pathétique en faveur de tant de malheureux privés de leurs droits de citoyens (...) Ces persécutions ne prendront-elles jamais fin ? (...) Ne craignez-vous pas qu'en imposant à la France une législation si contraire à ses traditions et à son génie, nos ennemis n'aient en réalité poursuivi l'humiliation de notre patrie en nous infligeant, après une défaite militaire, une véritable défaite morale ? "
Monsieur le Maréchal, je vous en supplie, arrêtez cette campagne de haine : elle est affreuse, elle augmente injustement les souffrances des Français qui pleurent avec vous les malheurs de la patrie. Ces hommes croient en Dieu, en sa justice éternelle... Croyez, Monsieur le Maréchal à mon dévouement fidèle et à ma persistante et respectueuse affection “. (CDJC-CCXIX-113_001)
Trois jours plus tôt, le 5 décembre, un attentat visant des soldats de la Wehrmacht, les représailles seront terribles : exécution de cent otages, amende d'un milliard pour les Juifs de Paris, et déportation de mille Juifs et cinq-cents communistes. La rafle du 12 décembre 1941 touche 743 notables juifs français.
Jacques Helbronner et le grand rabbin Schwartz, incarnant inlassablement la permanence "morale" de la représentation Juive, demandent audience à Pétain le 19 décembre. Ils rencontrent le cardinal Gerlier, le primat des Gaules, et l'implorent de réagir (le cardinal Suhard promet son aide au grand rabbin de Paris, le 22 décembre 1941, et le pasteur Boegner, de la Fédération des Eglises protestantes, interviendra auprès de Vichy. La conférence épiscopale, réunie les 12-13 février 1942 à Lyon, apportera aussi son soutien au Consistoire).
27 mars 1942 : nouveau coup de semonce, avec le premier convoi de 1112 Juifs parti de Compiègne pour Auschwitz. 
19 mai 1942 : Jacques Helbronner écrit à Laval : " Le Consistoire central estime aujourd'hui indispensable de vous adresser respectueusement une protestation solennelle contre les mesures cruelles prises en zone occupée contre les israélites par les autorités allemandes, en dehors de toute loi française ou d'ordonnance réglementaire des autorités d'occupation (...) Cette protestation vise nos malheureux coreligionaires internés dans les camps de Compiègne et de Drancy qui, même citoyens français, souvent anciens combattants notoires, titulaires des plus belles distinctions nationales, viennent d'être déportés vers l'Allemagne, dans des conditions lamentables et infamantes et au mépris de tout principe d'humanité la plus élémentaire. Ils étaient pris comme otages et aucun d'eux n'était poursuivi pour avoir accompli une faute personnelle (...) Vous comprendrez notre émotion et l'appel que nous faisons à votre justice pour vous supplier de faire ce qu'il vous sera possible pour que soit rapportée une mesure aussi contraire au droit des gens qu'à l'honneur national.
Devons nous donc penser que les Français de confession israélite sont définitivement mis hors la loi et qu'on peut les frapper en raison de leur foi religieuse, comme s'ils avaient commis les plus grands crimes ? " (...) " Le statut de juin 1941 est déjà en soi une législation d'exception, contraire à tous les principes du droit français et à l'union que le Maréchal n'a cesser de préconiser entre toutes les confessions et les races de l'Empire, il est assez cruel pour que les autorités occupantes ne viennent pas encore l'aggraver par des persécutions odieuses qui révoltent le coeur des Français qui les connaissent ". (Archives du Consistoire, BCC 10-11)
Résignation face à l'étoile jaune ?
Dix jours plus tard, la 8e ordonnance allemande est promulguée.  
Le Consistoire central s'abstiendra de prendre position sur l'instauration de l'étoile jaune. Un silence résigné qui peut s'expliquer par le contexte particulier de cette période : repliés en zone non occupée, à Lyon, ses dirigeants sont " coupés " de la réalité parisienne. Ils n'ont pas vécu directement l'humiliation de l'étoile qui touchait aussi bien les Juifs français que les apatrides et les étrangers.
S'agissant d'une ordonnance allemande, la crainte des représailles peut aussi justifier l'absence de réaction directe. D'ailleurs, pour chaque ordonnance allemande, le Consistoire n’intervenait pas ou modestement par la « voix » très discrète de Vichy.
Le contraste est flagrant avec la réaction émise quelques mois plus tard, contre une autre mesure humiliante, mais française. La loi du 9 novembre 1942 imposait le tampon "JUIF" sur les cartes d'identité et d'alimentation en zone sud. Là, Helbronner et le grand rabbin Schwartz protesteront vivement auprès de Laval (courrier du 30 décembre), exprimant " leur indignation contre une mesure qui tendait à soumettre à une humiliation nouvelle une catégorie de citoyens français contre une obligation vexatoire venant s'ajouter à tant d'autres ". (AIU, CC-24)
Le Consistoire a dû également tenir compte de la position de l'UGIF qui fera campagne pour l'étoile, incitant même les Juifs " à porter l'insigne dignement et ostensiblement". Une attitude relevée par Renée Poznanski, dans "Les Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale", p. 292. (2)
Le rabbin Isaac Schneersohn, fondateur du Centre de documentation juive contemporaine, en avant-propos au livre de Léon Poliakov, " L'Etoile Jaune " (Editions du Centre, Paris 1949), qualifie l'étoile d' " inexorable recensement de plus, un recensement "visuel", auquel beaucoup de Juifs, par lassitude ou absurde confiance, succombèrent ".
Y-a-t-il eu un choix délibéré de la résignation ? 
Déjà confronté aux statuts des juifs, le grand rabbin Schwartz, malgré ses protestations officielles, prônait une attitude résignée auprès de la communauté juive : 
" ... Quelle que soit votre amertume et sans rien accepter de ce qui vous a mis hors de la loi commune, subissez régulièrement les obligations qui vous sont faites par les lois, décrets, arrêtés et règlements du gouvernement français, en en appelant dans votre conscience de la France contrainte et meurtrie d'aujourd'hui, à la France généreuse et libre de toujours. Ne cachez pas votre qualité d'Israélites... Soyez renseignés et en règle avec les lois, ne vous cachez pas d'être ce que vous êtes. Soyez simples et modestes. Vous n'en serez que meilleurs Israélites et meilleurs Français ... " (3)
Une attitude rabbinique à rapprocher peut-être du Talmud qui professe que l'homme est tenu de bénir Dieu aussi bien pour le bonheur que pour le malheur (le tsidouk hadin ou acceptation de la justice divine).

12 juin 1942 : Le président Helbronner reste fidèle à son attitude protestataire car les archives du Consistoire conservent une lettre de Jacques Helbronner à Laval, écrite moins de deux semaines après l'introduction de l'étoile le 29 mai.
Il écrit : " La France va-t-elle donc connaître la honte d'être une terre de pogroms et les principes de justice, de liberté des croyances et des cultes, de respect de la personne humaine, qui ont été si longtemps la personnalisation de son idéal, vont-ils être désormais méconnus à l'égard des personnes françaises ou étrangères que réunit uniquement le seul lien religieux ? " (Archives du Consistoire, BCC 19, dossier 19 a). 
Le même jour, un autre courrier à Laval, concernait les violences perpétrées contre la synagogue de Nice. (CDJC-CCXIX-111_001 )

Contre l'étoile, seulement une réaction "en interne"

30 juin 1942 : Le Consistoire central réagira contre l'étoile, mais une réaction émise seulement en interne, évoquant les "persécutions", dans une lettre à ses délégations régionales (AIU, CC 17, citée par Eric Alary dans " La ligne de démarcation ", Perrin 2003).
Il développe l'idée d'un transfert inter-zones des familles juives françaises demandé au gouvernement dès le 3 juin, et évoque pour la première fois l'étoile jaune
" Il paraît utile de préciser que cette requête a été présentée dans le dessein de préserver les Israélites de la zone occupée, des persécutions que constituent le port de l'Etoile, et ses répercussions. Aussi bien ne saurait-il s'agir, selon nous, d'une évacuation obligatoire mais d'une faculté d'évacuation accordée à ceux des Israélites qui en manifesteraient le désir. Une évacuation obligatoire serait une nouvelle persécution (...) Seraient tout particulièrement frappés ceux d'entre eux qui, réintégrés depuis longtemps à la Communauté française, attachés à la terre, à l'usine, à leur atelier d'artisan, remplissent en silence leur tâche quotidienne, supportant sans fléchir les vexations qui, sous le régime d'occupation leur sont infligées ".
(L'occupation de toute la France, à compter du 11 novembre 1942, ruinera cet espoir, refusé officiellement le 14 août 1942 - AIU, CC-6).
13 juillet 1942 : Jacques Helbronner et Isaïe Schwartz écrivent à Laval pour qu'il intervienne « auprès des autorités d'occupation » en vue du rétablissement, « de conditions de vie plus supportables et plus humaines » pour les internés du camp de Drancy. (CDJC-CCXIII-1_001)
16-17 juillet 1942 : la rafle du Vel'd'Hiv (arrestation de 13 152 juifs étrangers dont 4 115  enfants) viendra s'ajouter à l'horreur et dans la nuit du 20 au 21 juillet, un attentat frappe la synagogue de la rue de la Victoire. (CDJC-CCXXI-43 )
Il ne s'agit plus de protester contre l'étoile et le Consistoire, réuni le 27 juillet, s'inquiète du sort des mères et des enfants arrêtés. 
28 juillet 1942 : Jacques Helbronner adresse une nouvelle missive solennelle à Laval (qui refusera de le recevoir en audience mais qui recevra André Baur, vice-président de l'UGIF le 3 août), où il est question de "restrictions infamantes aux libertés" : " Le consistoire central a été profondément ému par les informations qui lui parviennent de zone occupée sur la situation des israélites français et étrangers. De nouvelles restrictions très graves et infamantes ont été apportées à leur liberté (...) Considérant que le devoir primordial de tout Etat civilisé est de sauvegarder les biens, la liberté, l'honneur et la vie de ses citoyens et de protéger les étrangers qui ont régulièrement reçu hospitalité sur son territoire, adresse une nouvelle et plus solennelle encore protestation au gouvernement français contre des persécutions dont l'étendue et la cruauté atteignent un degré de barbarie que l'histoire a rarement égalées, l'adjure de tenter encore, par tous les moyens, de sauver des milliers de victimes innocentes auxquelles aucun autre reproche ne peut être adressé que celui d'appartenir à la religion israélite." (CDJC-CCXIX-94_002)

Les contradictions de l'UGIF 

De son côté, l'UGIF paraît animée de sentiments contradictoires vis-à-vis du "marquage" des Juifs par l'étoile. D'un côté elle encourage son port et participe activement à sa fabrication et à sa diffusion, et de l'autre, elle s'en inquiète : le 30 juillet, le cardinal Suhard, archevêque de Paris, répond à André Baur, pour soutenir ses démarches visant à restreindre le "marquage", à l'instar de l'application de l'ordonnance en Belgique et au nord de la France, où sont exemptés les conjoints d'aryens, ainsi que pour les couples mixtes. (Fonds Suhard, 1 D XIV-15 lettre au secrétaire du cardinal , l'abbé Le Sourd). 
Michel Laffitte (“ Juif dans la France Allemande “ p.141) estime qu' "il y a là un paradoxe qui mérite d'être expliqué ".

L'indignation face aux déportations
Le rythme des déportations s'accélère : 22 convois sont déjà partis pour Auschwitz. 
23 août 1942 : le Consistoire tient une séance extraordinaire. Solennel, le vice-président Adolphe Caen, en l'absence de Jacques Helbronner, souffrant, déclare : " l'heure que nous vivons est peut-être une des plus tragiques qu'ait connue le Consistoire Central au cours de son histoire ".
Une énième et ultime motion de protestation est rédigée contre les déportations et le voeu est exprimé d'obtenir une audience auprès de Laval. La protestation adressée au chef du Gouvernement, sur plus de trois feuillets, datés du   25 août 1942, commence ainsi :
" Le Consistoire central des Israélites de France, conscient du devoir de solidarité religieuse qui lui incombe, exprime au Chef du Gouvernement, l'indignation que lui inspire la décision prise par le Gouvernement Français de livrer au Gouvernement Allemand des milliers d'étrangers de diverses nationalités, mais tous de religion israélite, résidant en zone non occupée et qui s'étaient réfugiés en France avant la guerre, pour fuir les persécutions dont ils étaient victimes ". 
Le texte évoque l'extermination des déportés voulue par le Chancelier du Reich... (CDJC-CCXIII-15_001). 
Une commission, réunie le lendemain, décide de diffuser largement la motion : au maréchal, au nonce du Pape, au pasteur Boegner, au président de la Croix-Rouge, aux prélats, ministres, préfets, journalistes...

Le lendemain, 26 août, le convoi n° 24 quitte Drancy avec 1002 Juifs. Cinquante et un autres convois suivront jusqu'au 23 juillet 1944...

Dans sa lettre pastorale du 4 septembre 1942, à l'occasion de Roch Hachana 5702, le grand rabbin Schwartz rappelle que " l'année finissante sera tristement célèbre dans les annales du judaïsme français. Commencée dans l'angoisse, elle se termine dans la douleur ". Il évoque bien les " funestes effets du statut ", mais ne dit rien sur l'étoile jaune. (CDJC-CCXIX-88)
Le grand rabbin Schwartz rencontre Pétain le 23 février 1943 après la rafle de Marseille du 22 janvier (2000 Juifs, français et étrangers, arrêtés). 
Il était alors question d'imposer l'étoile jaune en zone Sud.
Paul Estèbe, chef adjoint de cabinet du maréchal, rappelle les propos de Pétain : " Tant que je serai vivant, je n'accepterai jamais que cette ignominie qu'est l'étoile jaune soit appliquée en zone Sud ".
Le maréchal aurait dit à la fin de l'entretien : " Priez pour moi afin que je vive assez longtemps pour voir la fin de ce drame ". Et le grand rabbin de répondre : " Monsieur le maréchal, il est d'usage dans nos synagogues de prier chaque samedi pour le chef de l'Etat ". (4)
Et Isaac Schneersohn, toujours dans son avant-propos à " L'Etoile Jaune " de Poliakov, d'apporter ce commentaire : " Dans la zone libre, si Vichy s'opposa au port de l'étoile, il accepta cependant – d'après sa méthode de molle résistance, aussitôt rachetée par des concessions hypocrites – le recensement supplémentaire, qui se fit sous la forme d'estampillage des cartes d'identité et des cartes d'alimentation. Les Juifs de la zone libre n'avaient pas le mot Juif marqué sur la poitrine, mais ils l'avaient sur leurs papiers. "
Les protestations continuent, sans résultat :

12 juillet 1943 : Helbronner écrit à Laval pour qu'il intervienne suite à la détérioration des conditions d'internement à Drancy (CDJC-CCXIII-2_001). Le cabinet militaire de Pétain répond le 16 que le maréchal demande au chef du gouvernement d'intervenir auprès des autorités d'occupation pour " essayer d'obtenir une amélioration de la triste situation que vous signalez ".
Le 2 août 1943, le grand rabbin Schwartz et Helbronner réitèrent leur demande à Laval. D'autres courriers communs, à partir de fin 1942, concernent les persécutions, les arrestations dans l'ex-zone libre - nouvelle rafle de Marseille le 6 mai 1943, l'arrestation d'André Baur, le 21 juillet 1943 -. (CDJC-CMXXI-25)
23 octobre 1943 : les nombreuses protestations prendront fin avec l'arrestation de Jacques Helbronner à son domicile lyonnais, sur ordre de Berlin, alors qu'il se rend à Vichy pour dire une nouvelle fois son opposition aux mesures de répression et de déportation.
Avant d'être transféré au fort de Montluc, la Gestapo l'autorise à passer deux brefs appels téléphoniques. L'un au cardinal Gerlier, l'autre à Léon Meiss, vice-président du Consistoire.
Jacques Helbronner est transféré à Drancy le 11 novembre, avec son épouse. 
Ils porteront l'étoile jaune, imposée dans le camp, et le 20, ils sont déportés à Auschwitz par le convoi n° 62 où ils seront gazés dès leur arrivée.
Léon Meiss, ex-magistrat à Nancy, devenu président du Consistoire, menacé du même sort que son prédécesseur, se réfugie en Savoie et le Consistoire entre alors dans la clandestinité. 
A la Libération, il aura un rôle de conciliateur  avec ceux qui reprochaient à l’institution consistoriale de ne pas avoir rompu avec Vichy (dès le 13 août 1944, il préside une commission demandant la fermeture de l'UGIF - CDJC-CCXVI-155). 
La délégation parisienne estimait avoir été abandonnée par les dirigeants du Consistoire restés à Lyon, qui bénéficièrent de la sécurité relative de la zone libre, jusqu'en novembre 1942. Meiss est à l'origine du Comité de défense, qui, en janvier 1944, se transforme en Conseil représentatif des israélites de France, devenu Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). (5)

Thierry Noël-Guitelman (mars 2013)

Remerciements particuliers à M. Philippe Landau, conservateur des archives du Consistoire central.
Sources : Centre de Documentation Juive Contemporaine, Archives du Consistoire central, Alliance Israélite Universelle.
(1) Pierre Birnbaum : " Les Fous de la République. Histoire politique des Juifs d'Etat, de Gambetta à Vichy " (Fayard, 1992).
(2) Citant un rapport de l'une des employées bénévoles de l'UGIF (CDJC-CCXIV-5), " Portez l'étoile jaune avec fierté ", mot d'ordre déjà lancé par Robert Weltsch, éditeur du journal sioniste allemand de l'immédiat avant-guerre Judische Rundschau.
(3) Archives " Librairie of the Jewish Theological Seminary : New York ", citées par Maurice Rajsfus, " Des Juifs dans la Collaboration " - L'UGIF 1941-1944 " (EDI, 1980), p. 92.
(4) Cité par Raymond Tournoux : " Pétain et la France " (Plon, 1980) p. 305, et Raymond Aron : " Le Monde et la Vie " (février 1961). 
(5) Claude Nataf : " Les Cahiers de la Shoah " n°5 (2001) : Survivre à la Shoah - Exemples français : le judaïsme religieux au lendemain de la Libération : rénovation ou retour au passé ?

samedi 2 mars 2013

La spoliation des Juifs : exposition au Mémorial de la Shoah

Les affiches « entreprise juive » sont apposées dès l'ordonnance
allemande du 18 octobre 1940
Eliminer toute influence juive dans l'économie nationale ! Tel était l'objectif de la loi du 22 juillet 1941 du régime de Vichy : une spoliation systématique, complétée par "l'aryanisation" des biens. Un rouage de plus dans l'entreprise d'exclusion des Juifs de France.
De son côté l'occupant allemand fait recenser et marquer les entreprises et biens juifs par ses ordonnances des 27 septembre et 18 octobre 1940. 
La création du Commissariat général aux Questions Juives (loi du 29 mars 1941) avait pour objectif la "déjudaïsation de l'économie" avec, trois mois plus tard, l'intégration du SCAP (Service de contrôle des administrateurs provisoires).
A partir de juillet 1941, l'aryanisation n'est plus limitée à la seule zone occupée mais est étendue à l'ensemble du territoire.
Cette politique d'Etat conjuguée aux ordonnances allemandes est largement expliquée dans l'exposition présentée jusqu'au 29 septembre 2013 au Mémorial de la Shoah à Paris, dans le contexte de l'Europe nazifiée.
Déjà, en 2000, le sujet avait été abordé par l'article de Philippe Verheyde (maître de conférences en histoire contemporaine à Paris 8), dans "Le Monde juif", la revue d'histoire de la Shoah du Centre de documentation juive contemporaine, n° 168, consacré au cas des grandes entreprises.

Pour en savoir plus sur le site du Mémorial de la Shoah

lundi 21 janvier 2013

Anniversaire : 22-27 janvier 1943, la rafle de Marseille

Rafle d'une famille entière dans le Vieux-Port
Il y a exactement 70 ans, du 22 au 27 janvier 1943, la rafle de Marseille avait lieu dans le quartier du Vieux-Port.
Dirigée par René Bousquet, secrétaire général de la police de Vichy, elle permettra d'arrêter et de déporter, selon les instructions préfectorales " repris de justice, souteneurs, clochards, vagabons, tous les Juifs, les étrangers en situation irrégulière ".
L'ordre venait d'Himmler, en représailles à des attentats dirigés contre des officiers et soldats allemands début janvier, suite à l'invasion de la zone libre qui entraina l'occupation de Marseille depuis le 12 novembre 1942.
Bousquet obtiendra des autorités allemandes la liberté totale pour la police française  d'agir sur toute la ville, les allemands visant au départ de rester dans les limites du premier arrondissement.
Le 22 janvier, le Vieux-Port sera bouclé par deux cents inspecteurs, quinze compagnies de groupes mobiles de réserve, et des escadrons de gendarmerie et de gardes mobiles, soit au total 12.000 policiers.
La destruction du quartier nord du Vieux-Port fut décidée, favorisant le réaménagement de tout le quartier et la spéculation foncière.
Bilan de l'opération, appelée " Sultan " par les Allemands : 6.000 arrestations et 40.000 identités vérifiées. Dans le seul quartier de l'Opéra, proche de la grande synagogue, 250 familles juives seront raflées. Le 24 janvier, 1.642 personnes seront transférées sur Compiègne, dont 782 Juifs déportés et exterminés à Sobibor, et 600 suspects déportés à Sachsenhausen. Au total, 4.000 Juifs arrêtés jusqu'au 27 janvier 1943.
Le cynisme de René Bousquet
La photo de la préparation de la rafle (Archives fédérales allemandes) montre le cynisme de René Bousquet, souriant, cigarette à la main, et manteau en col de fourrure,  entouré notamment du SS Bernhard Griese, de Pierre Barraud, préfet de Marseille et du préfet régional Antoine Lemoine, à l'hôtel de ville de Marseille.

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samedi 19 janvier 2013

Françoise Giroud n'a pas porté l'étoile jaune

Il y a dix ans, le 19 janvier 2003, Françoise Giroud quittait la scène médiatique et politique à l'âge de 86 ans.
Journaliste, co-fondatrice de l'Express avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, directrice de la rédaction jusqu'en 1974, secrétaire d'Etat à la condition féminine (1974-1976) puis à la Culture (1976-1977), Françoise Giroud est née Lea France Gourdji le 21 septembre 1916. 
En 1940, elle ne s'était pas fait recensée et n'a jamais porté l'étoile jaune, tout comme sa mère  Elda et sa soeur Djenane, rappelle Laure Adler dans sa biographie, " Françoise ", parue chez Grasset, en 2011.
Alix de Saint-André, dans "Garde tes larmes pour plus tard" (Gallimard, 2012) apporte de nouveaux éléments d'enquête, notamment sur son vrai-faux acte de baptême, délivré en 1942, mais avec une fausse date, grâce à un curé de l'Allier.
En mars 1942, elle entreprit des démarches administratives auprès du Comité d'organisation de l'industrie cinématographique, pour continuer de travailler dans le cinéma.
Utilisant son pseudo de Françoise Giroud, elle sera reconnue comme " scénariste d'origine catholique ", et avait déclaré sous la foi du serment être de race aryenne. 
Elle obtiendra son autorisation de travailler le 15 juin 1942 de l'Institut des hautes études cinématographiques.
En 1943, elle écrit dans " Le Pont", périodique allemand édité en français, créé en 1940 par la Propagandastaffel et destiné aux travailleurs français en Allemagne. Elle écrit aussi dans " Paris-Soir ", dont la rédaction s'est repliée à Lyon.
Françoise Giroud, qui a été agent de liaison dans la Résistance sera arrêtée par la Gestapo sur dénonciation. Incarcérée à Fresnes de mars à juin 1944, elle sera libérée grâce à l'intervention du collaborateur Joseph Joanovici.

jeudi 13 décembre 2012

Regain d'antisémitisme en Europe : que faire ?

Le SPCJ recense les actes antisémites
L'Europe va mal ! Chômage et crise financière confirment le diagnostic.
Et l'antisémitisme ? Quel est son niveau actuel ?
En France, le président de la République, François Hollande, à Toulouse le 1er novembre dernier, a tiré le signal d'alarme : il promet que l'antisémitisme « sera pourfendu dans toutes ses manifestations, les actes mais aussi les mots. Il sera pourchassé partout y compris derrière toutes les causes qui lui servent de masque (...). Il sera poursuivi par tous les moyens partout où il se diffuse, en particulier sur les réseaux sociaux qui accordent l’anonymat à la haine. [...] Aucun enfant ne doit avoir peur en allant étudier, aucun parent ne doit avoir peur en laissant ses enfants partir en classe. »
Des propos rassurants pour la communauté juive et la communauté nationale mais, inexorablement, le mal gagne du terrain.
Depuis l'affaire Merah, la situation s'est même aggravée : le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) note une augmentation de 45 % des actes antisémites sur le territoire depuis le mois de mars. Fin août, le SPCJ dénombrait déjà 386 actes antisémites (pour 288 fin août 2011), soit + 25 %.
Chaque jour apporte son lot d'actes antisémites, le dernier en date ayant eu lieu le 12 décembre contre un professeur d'arts plastiques d'un lycée d'Istres (Bouches-du-Rhône).
Le SPCJ a publié en février les statistiques et analyses de l'antisémitisme en France en 2012.
Lire le rapport annuel du SPCJ

Istres, bombe artisanale contre une enseignante juive

Au Danemark, l'ambassade d'Israël et la communauté juive, ont pris une mesure qui en dit long sur l'aggravation du phénomène dans un pays où la liberté religieuse est pourtant garantie par la constitution. Un pays où, en 1940, le représentant du Reich à Copenhague tenta en vain d'obtenir des mesures antisémites du gouvernement qui menaça de démissionner.

Danemark : l'ambassade d'Israël déconseille aux Juifs le port de signes distinctifs en public pour se protéger de l'antisémitisme

Joël Rubinfeld, vice-président du Parlement Juif Européen, explique que dans certains pays, comme la Hongrie, « il y a des signes que les institutions officielles font l’apologie de l’antisémitisme. »
Aussi, pour protester contre les propos antisémites d'un leader d'extrême-droite, un vice-président socialiste du Parlement a arboré l'étoile jaune à la tribune de l'hémicycle.
Le socialiste Istvan Ujhelyi arbore l'étoile jaune
Les enseignements du rapport 
de la Fondation Ebert
Le 18 avril 2012, un rapport intitulé
« L’intolérance, les préjugés et la discrimination », publié par la Fondation allemande Friedrich Ebert, a mis l’accent sur les attitudes des Européens envers les groupes minoritaires, y compris les migrants, les noirs, les juifs, les musulmans, les femmes et les homosexuels. L’étude révèle que plus de 70 % des gens croient que « les Juifs polonais cherchent à tirer profit de la souffrance leurs ancêtres » pendant la période nazie.
Assurément, le conflit israélo-palestinien s'exporte dans l'opinion européenne car environ 40 % des personnes interrogées dans les pays participants affirment que " l’Etat d’Israël mène une guerre d’extermination contre les Palestiniens". En Pologne, ce point de vue est partagé par 63 % des répondants.
Au Portugal et en Allemagne, l’antisémitisme semble être également beaucoup plus élevé que dans le reste de l’Europe de l’Ouest. Un point de vue partagé par le metteur en scène israélien Tuvia Tenenbom qui estime que l’antisémitisme est aujour­d’hui aussi fort en Allemagne qu’à l’époque de Hitler. La parution lundi dernier de son livre Allein unter Deutschen («Seul parmi les Allemands») suscite d'ailleurs un vif débat en République fédérale, relevé par le quotidien Suisse Le Temps.
Jusqu'où ira la progression de l'antisémitisme européen ?
En 2014, les élections européennes permettront de mesurer l'influence des partis d'extrême-droite dans le Vieux continent. Un indicateur parmi d'autres...
D'ores-et-déjà, quels dispositifs les différents pays mettent-ils en place ?
En France, le président a parlé mais...
Où en est-on du dialogue inter-religieux, de l'enseignement de l'histoire des religions dans les programmes scolaires, de l'application réelle des lois contre le racisme et l'antisémitisme ?
Que fait-on vraiment contre les "dizaines" de Mohamed Merah présents en France, comme l'a affirmé récemment Manuel Valls, ministre de l'Intérieur ?
Quand les médias français s'interrogeront-ils sur les risques de la pensée unique ?
La communauté juive française a de quoi s'inquiéter !

> 0 800 18 26 26 : un seul numéro pour déclarer un acte antisémite

lundi 10 décembre 2012

Disparition de Michel Slitinsky

Michel Slitinsky, le "tombeur" de Maurice Papon, vient de mourir à 87 ans.
Echappé par les toits alors que sa famille était arrêtée le 19 octobre 1942, il porta plainte dès 1945 contre les policiers venus les arrêter. Une plainte classée...
Il est à l'origine de la plainte pour crimes contre l'humanité lancée contre Papon, alors secrétaire général de la préfecture de Bordeaux, poursuivi pour les rafles de 1 582 juifs dont 223 enfants.
Son inhumation aura lieu ce mardi 11 décembre à 14 h au cimetière, cours de l'Yser à Bordeaux.
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Le Monde
Le Point